Il y a quelque chose de fascinant et déroutant dans la manière dont nous recevons collectivement, en provenance des médias de tous pays qui la relaient en boucle, l’annonce de la démission de Jacob Coxon, ce jeune chercheur en intelligence artificielle totalement inconnu (source).
Comme tout le monde, j’ai été saisi par l’ampleur de cette annonce, non pas tant par son contenu grandiloquent que par la manière systématique dont elle est relayée dans tous les pays, comme si tout était fait pour nous faire vivre une angoisse collective incommensurable, très bien exprimée par Catherine Ethier hier sur Radio-Canada (source).
Quand tout cela a commencé à sortir, je me suis empressé de consulter la publication originelle de Coxon sur X. Surprise : cette fameuse annonce est l’unique publication de ce compte X qui a été créé il y a à peine plus de six mois. Et ce matin, je tombe sur un article de Fabrice Epelboin dans Atlantico, qui écrit : « Il n’y a absolument aucun moyen d’obtenir un tel impact à partir du compte Twitter d’une personne qui n’est pas une personnalité majeure de l’intelligence artificielle, sans relais préalablement mobilisés » (source). Je suis 100% d’accord avec cela.
Je n’en déduirais pas pour autant que tout cela serait une « opération de communication très évidente », mais on est en droit de se poser la question. Selon Fabrice, une telle annonce si bien relayée sert les intérêts stratégiques des géants américains qui voudraient réguler l’IA pour maintenir leur position dominante. Peut-être. Les déclarations étonnament convergentes faites aujourd’hui par Dario Amodei, Elon Musk et Sam Altman donnent du poids à cette interprétation (source).
Frédéric Cavazza fait de son côté une autre hypothèse : les médias seraient pris dans une logique de survie qui les amène à amplifier et instrumentaliser les alertes venues de l’industrie pour justifier leur existence en tant que médias, dans un contexte de désintermédiation accrue où « les chatbots et moteurs de réponses produisent, synthétisent et diffusent l’information sans renvoyer le trafic vers ceux qui l’ont produite » (source). Peut-être.
Je crois profondément au professionnalisme des journalistes et à la pertinence des médias en démocratie. Je crois aussi que nous avons tous peur : citoyens, journalistes, géants de l’IA eux-mêmes. Cette peur, c’est exactement ce que nous avons en commun et ce qui fait de nous des humains. Nous avons collectivement besoin d’être protégés des dangers de l’IA pour pouvoir continuer à bénéficier sereinement de ses bienfaits, auxquels il n’est plus possible de renoncer.
Dans ce contexte, je recommande fortement le seul texte vraiment utile de la semaine, signé de Yoshua Bengio, qui nous ramène à la seule chose qui compte : les faits. Comprenez-vous réellement comment fonctionnent les agents d’IA ? C’est ici.