Je ne vois pas en quoi, par analogie fructueuse, on ne pourrait pas appliquer — mutatis mutandi — la notion et la pratique du vibe coding à l’écriture de textes, aussi élaborés et complexes soient-ils, et considérer comme légitime et acceptable l’idée d’une forme de vibe writing, une écriture dans laquelle « tu te laisses complètement porter par l’intuition et l’atmosphère », pour reprendre les termes de Andrej Karpathy à qui l’on doit le terme vibe coding.
Écrire du code, ce n’est pas moins écrire qu’écrire du texte. Le code, c’est du texte. Code is Poetry, clame WordPress. Certes, pitié, j’ai écrit plus de huit livres, n’allez pas m’expliquer que le code et le texte ne sont pas la même chose, je le sais mieux que quiconque et je pourrais vous en parler des heures. Les deux correspondent à une activité hautement cognitive et créative, et possèdent une forte dimension de labeur artisanal (du moins quand il s’agit d’écrire à la main ou de coder à la main).
Mais si, comme moi, vous savez vraiment écrire et ce qu’est écrire, essayez de me démontrer en quoi l’écriture assistée par l’IA est un problème (enfin, n’essayez pas, vous n’y arriverez pas). Je ne vois que des opportunités, non pas, pour me faire remplacer, il y a tellement de choses que l’IA générative est incapable de faire sans moi, mais pour faire des choses que je ne pourrais pas faire sans elle et d’autres, plus ingrates, que je ne veux plus faire sans elle — et ce, même s’il y a des choses (ciblées, précises) que je préfère faire sans elle (comme écrire ce billet, haha).
La seule menace que je vois, c’est celle de faire tomber de son piédestal l’égo romantique de l’auteur à l’occidentale. L’acceptabilité sociale très forte du vibe coding par rapport à celle, très faible, du vibe writing, est fascinante à observer et nous en dit bien plus long sur les humains que sur l’IA. C’est pour cela que, l’été dernier, je ne m’inquiétais pas, dans ma tribune dans Le Devoir sur la mort de l’auteur qui n’aura pas lieu à l’ère de l’IA — et je ne m’inquiète toujours pas.
Bien sûr, en contexte éducatif, pour permettre aux élèves et étudiants d’apprendre à écrire et à penser, je pense que l’usage de l’IA doit être extrêmement bien réfléchi (mais certainement pas banni), et autorisé/pratiqué à la condition d’être amené au sein d’un dispositif d’apprentissage qui ne place jamais les élèves et étudiants en position d’abandonner leur pouvoir de pensée. Tant que tu penses, tu n’as rien à craindre qu’une IA tourne sous tes yeux pour stimuler ta pensée. Tant que tu choisis ce que tu écris et que tu penses aux mots écrits, tu n’as rien à craindre d’une IA qui écrit sous tes yeux et qui stimule, accélère, ou affaiblit ton écriture.
La vraie intelligence, elle est là, dans notre pouvoir de pensée en tant qu’humains et, tant qu’on le maintient vivant et actif, on ne craint absolument rien face à une IA qui « pense » plus vite. C’est ça que l’enseignement doit accompagner.
